Dietrich Fischer ( 1925 -- )
" Le récital de
Lieder procure des bonheurs uniques. Il vous oblige à
plonger au cœur de la poésie, à situer les
textes dans un bain culturel, beaucoup plus
intensément que dans un opéra, soumis au
metteur en scène…Pour aborder l'opéra,
l'interprète de Lieder disposera donc d'une vaste
palette de nuances. En retour, l'opéra forge la
résistance physique par la maîtrise des
fortissimo, qui enrichissent son fonds de
commerce. " Dietrich
Fischer-Dieskau
En classe, Dietrich Fischer-Dieskau
se distingue surtout en musique ; il fut très
tôt impressionné par l'opéra et
découvrit le monde du Lied avec Emmi Leisner.
Adolescent, il participe à toutes les manifestations
musicales de son lycée et dirige même la
chorale de l'établissement ; ce goût pour
la direction d'orchestre lui restera toute sa vie.
A seize ans, il commence des
études de chant au Conservatoire de Berlin ainsi que
des études poussées à
l'Université : son premier professeur de chant
est Georg A. Walter et ensuite Hermann Weissenborn à
l'Académie de Berlin. Il donnera ses premiers
récitals dans un camp américain de prisonniers
de guerre en Italie, de 1945 à 1947.
Libéré, il reprend ses études à
l'Académie et enregistre Le voyage d'hiver de Schubert pour la radio. En 1948, il
entre à l'Opéra de Berlin où il fait
ses débuts dans Don
Carlos de Verdi et est
engagé comme premier baryton. En 1949, il
épouse la violoncelliste Irmgard Poppen (morte en
1963) dont il aura 3 fils et rencontre Wilhelm
Furtwängler qui ne resta évidemment pas
insensible à son talent (en 1951, il chantera Mahler
sous sa direction au Festival de Salzbourg). En 1952, il
fait ses débuts aux Etats-Unis et en 1954, à
Bayreuth, il incarne Wolfram dans Tannhäuser de Wagner.
Dès la trentaine, Dietrich
Fischer-Dieskau ployait déjà sous les honneurs
et l'admiration d'un public toujours plus nombreux et d'une
critique unanime (" Le plus grand baryton du
monde " ou " Le plus grand baryton de notre
temps "). Humaniste, il comprend en profondeur la
littérature allemande et laissera des enregistrements
inoubliables des Lieder de Schubert, Schumann, Brahms, Wolf
ou Mahler. Dans le domaine de l'opéra, il donnera
à Salzbourg, à Vienne ou à Bayreuth des
interprétations d'une grande finesse et intelligence,
sans oublier une présence scénique et une
puissance dramatique indiscutables : il chantera
Wagner, Berg, R. Strauss ou Verdi (rôles de Falstaff
à Vienne sous la direction de Bernstein et Visconti,
de Macbeth à Salzbourg avec Sawallisch et Schuh, de
Wozzeck, du Docteur Schön dans Lulu, de
Jochanaan dans Salomé, de Barak dans La femme sans ombre, d'Amfortas dans Parsifal…).
Il créera également de nombreuses œuvres
contemporaines (1961, Elégie pour de
jeunes amants de
Henze ; 1962, War
Requiem de Britten à
Coventry ; 1966, The
Vision of St
Augustin de Tippett ;
1978, Les Espaces du
sommeil de
Lutoslawski…).
En 1978, il se remarie avec la
soprano Julia Varady. Vers 1980, il aborde la direction
d'orchestre et en 1982, il commence à se consacrer
à l'enseignement et devient professeur à la
Hochschule der Künste de Berlin.
C'est en 1993 qu'il quittera la
scène discrètement, mais il va continuer
activement et généreusement à
enseigner, à diriger, à peindre et à
écrire essais et souvenirs.
Dietrich Fischer-Dieskau plus que
tout autre aura marqué l'histoire du chant et
notamment l'interprétation du Lied :
régnant en maître et en perfectionniste sur ce
microcosme musical qu'est le Lied, il fera comprendre au
plus grand nombre son essence même en en repoussant le
plus loin possible les limites expressives. Dans le Lied,
l'art de ce grand baryton est souvent bien proche de celui
du conteur.
"Ma parole, vous n'êtes
pas un chanteur, vous êtes un barde ! " Paul
Hindemith
DISCOGRAPHIE SELECTIVE
Grandes Anthologies de LIEDER
Franz Schubert (Le voyage d'hiver – La belle
meunière –
Le chant du cygne)
Robert Schumann (Liederkreis
– Dichterliebe)
Johannes Brahms (intégrale des Lieder)
Hugo Wolf (Mörike Lieder – Goethe
Lieder – Spanisches Liederbuch – Eichendorff Lieder)
Gustav Mahler (Kindertotenlieder – Lieder
eines fahrenden Gesellen –
Des Knaben Wunderhorn
– Rückert
Lieder)
Rôles d'Opéras
W.A. Mozart (Don Giovanni)
Giuseppe Verdi (Macbeth – Iago dans
Otello – Rigoletto – Rodrigo dans Don Carlos)
Richard Wagner (Hans Sachs dans
Les Maîtres
chanteurs – Wolfram dans
Tannhäuser – Telramund dans Lohengrin –
Amfortas dans Parsifal)
Richard Strauss (Jochanaan dans
Salomé – Mandryka dans Arabella –
Barak dans La
femme sans ombre)
Alban Berg (Wozzeck – Dr Schön
dans Lulu)
J.S. Bach : Passion selon Saint Matthieu
Musique contemporaine
Paul Hindemith (Mathis le peintre)
Benjamin Britten (War Requiem)
Aribert Reimann (3 Poèmes de Michel
Ange)
Boris Blacher (Trois psaumes)
ECRITS
Dietrich Fischer-Dieskau : Les
Lieder de Schubert, éd Robert Laffont, 1979
Dietrich Fischer-Dieskau :
Robert Schumann, le verbe et la musique, éd Seuil,
1984
Dietrich Fischer-Dieskau :
Résonance – Mémoires, éd Pierre
Belfond, 1991
Dietrich Fischer-Dieskau : Les
sons parlent et les mots chantent, éd Buchet/Chastel,
1993
Evelyne Koch et Dietrich
Fischer-Dieskau : La légende du chant, éd
Flammarion, 1998
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