Henri Vieuxtemps ( 1881 -- )
" S'il n'était pas un si grand virtuose, on l'acclamerait
comme un grand compositeur " :
Hector Berlioz
On peut dire qu'Henri
Vieuxtemps fait partie, comme violoniste et comme
compositeur, des successeurs les plus importants de Paganini.
Le son du violon
paternel berce sa petite enfance et devient vite
indispensable au petit Henri qui n'était sage que
lorsqu'il était en compagnie de son cher violon.
Il donne son premier
concert dès l'âge de 6 ans à Verviers et
entame ainsi une carrière de virtuose
extrêmement précoce.
1828-31 Charles de Bériot, émerveillé par ses dispositions exceptionnelles, se charge de parfaire son éducation
musicale et l'emmène à Paris. L'admiration que
le petit Henri avait pour son maître touchait au
fanatisme, si bien qu'un jour, Bériot lui dit :
" Mais malheureux, si
tu continues ainsi à me copier, tu ne seras jamais
qu'un petit de Bériot, et il faut que tu deviennes
toi-même. "
1834 Passage à Vienne particulièrement remarqué avec l'exécution du Concerto pour violon de Beethoven ; concert à Leipzig qui permet à Schumann d'utiliser sa plus
belle plume : " Quiconque se présente devant le
monde doit n'être ni trop jeune ni trop vieux, mais
florissant : non seulement par-ci par-là, mais
à pleine tige. Pour Henri, on peut fermer les yeux en
toute confiance. Comme une fleur embaume, ainsi rayonne ce
jeu… Quand on parle de Vieuxtemps, on peut penser à
Paganini. " A Londres
il rencontre Paganini (" Ce petit garçon deviendra un
grand homme ".)
1835-36 Il étudie la composition avec
Reicha à Paris, ce qui constitue une base solide pour
ses propres compositions qui apparaissent dès 1836 et
enthousiasment le public.
1837-44 Au cours de ses nombreuses
tournées (Russie, Londres, Amérique), il
compose des concertos pour
violon et d'autres œuvres
pour violon qu'il joue en Europe avec beaucoup de
succès. C'est en 1844 qu'il épouse la pianiste
autrichienne Joséphine Eder.
1846-51 Il est violon solo à la Cour
du tsar Nicolas I à Saint-Pétersbourg et
professeur au Conservatoire, il y sera le fondateur d'une
grande école de violon. A Paris, en décembre
1851, il décide de faire entendre son 4ème concerto pour violon en ré mineur où il remporta
un concert d'éloges : Berlioz écrit dans
son feuilleton du Journal des Débats, à propos
de son jeu et de la composition en elle-même :
" Le talent de
Vieuxtemps est merveilleux ; ses qualités
dominantes sont la grandeur, l'aplomb, la majesté et
un goût irréprochable...Ce concerto est une
magnifique symphonie avec un violon
principal ".
1855-68 Tournée aux Etats-Unis avec
Thalberg ; 5ème concerto pour violon ; mort de Mme Vieuxtemps du
choléra à la Celle-Saint-Cloud, la douleur de
Vieuxtemps est immense : " Ainsi s'éteignit, dit-il, cette
femme exceptionnelle… Nul ne
comprit comme elle ses devoirs de mère de famille et
ne remplit en même temps plus intelligemment et avec
plus de cœur sa mission de femme d'artiste. "
1871-73 Il est nommé professeur de
violon au conservatoire de Bruxelles et dirige les Concerts
populaires ; il est l'instigateur de ce qu'on appelle
" L'Ecole liégeoise du Violon ",
continuée par son disciple Eugène
Ysaÿe ; composition de son 1er
quatuor à cordes.
1873 Le 13 septembre, une attaque de
paralysie tue tout le côté droit de l'artiste
et notamment cette main qui avait égrené des
perles pendant si longtemps. Vieuxtemps, saisi d'abord par
un profond désespoir, retrouve petit à petit
sa sérénité et peut même
reprendre son violon.
1874-79 Plusieurs œuvres voient le jour,
dont son 1er
concerto pour violoncelle ; il organise des séances de
musique de chambre à Paris ; sa démission
de professeur au Conservatoire de Bruxelles est
acceptée en 1879 et lui cause un chagrin immense
d'autant plus que son état de santé empire
(début de paralysie du côté
gauche).
1879-81 Il part à
Mustapha-Supérieur, station sanitaire près
d'Alger ; compose ses 6ème et
7ème concertos pour violon ; une nouvelle attaque de paralysie le
terrasse et il meurt 3 jours plus tard, le 6 juin
1881.
Vieuxtemps fut d'abord
considéré comme un grand virtuose ; ainsi
le compositeur a-t-il quelque difficulté à se
faire une place parmi les compositeurs marquants du
19ème siècle. Et pourtant, Berlioz
lui-même loua " la beauté et la structure
intelligente " de ses œuvres, reconnut son inspiration
passionnée et sensible. L'émotion dans son
œuvre est nettement plus importante que l'effet.
Vieuxtemps nous laissera 7 concertos pour
violon, 2 concertos pour violoncelle, 3 quatuors à cordes et des
pièces brillantes ou sentimentales, certaines en
hommage aux pays visités, pièces dans le
sillage des " Pièces de caractère " de Schumann.
En vrai virtuose
romantique, Vieuxtemps sait faire vibrer la corde sensible
de l'émotion.
" …je ferai surtout
remarquer la beauté et la savante ordonnance de ses
compositions. Ce sont des œuvres de maître dont le
style mélodique est toujours noble et digne,
où l'harmonie la plus riche est constamment mise en
relief par une instrumentation ingénieuse et d'un
beau coloris " :
Hector Berlioz
BIBLIOGRAPHIE
RADOUX J-Théodore : Vieuxtemps, sa vie, ses
œuvres (éd Fischbacher)
|