Pandit Ram ( 1928 -- )
Pandit Ram Narayan, à 70 ans (en 1998), est un
des plus célèbre joueur desarangi de l'Inde du Nord. Il a reçu le Grand Prix de
la Sangeet Natyak Academy (1976) et la même année, il
s'est vu décerner le titre de Padmashri - Seigneur du Lotus -
par le Président de l'Union Indienne.
Originaire d'Udaipur (Rajasthan), il est
issu d'une famille de musiciens. Son père, Nathuji Bilawat
jouait de la vièle dilruba à la cour du Maharaja
d'Udaipur et son frère aîné, le regretté
Chatur Lal, fut l'un des plus grands joueur de tabla de sa
génération. Un guru du Gange, à qui l'on
s'adressait pour la dispersion des cendres lors de ses visites
à Udaipur, est à l'origine de sa passion pour le
sarangi. Un jour, étant trop chargé, il abandonna son
Sarangi à la garde de Ram Narayan; il ne devait jamais revenir
chercher son instrument.
Ram Narayan s'en empara, se fabriqua un
archet de fortune et fit dès l'âge de six ans ses
débuts de de joueur de Sarangi. Son père l'encouragea
et lui prodigua un enseignement des gammes unique. Déjà
à l'âge de treize ans, au lieu d'accompagner les
danseuses comme les autres joueurs de Sarangi, il joue en soliste et
gagne trois fois le salaire de son père en enseignant aussi le
Sarangi dans les écoles. A cette époque, il rencontre
le chanteur Madhav Prasad, qui lui fait comprendre que son avenir
n'est pas d'enseigner mais d'apprendre encore. Aussi Ram Narayan
abandonne Udaipur pour suivre son maître, au grand
désespoir de sa famille.
Son expérience d'accompagnateur des
plus grands chanteurs ainsi que celles de soliste et d'enseignant le
conforteront dans l'idée que la Sarangi est là pour
mettre le chanteur sur le droit chemin, lui permettre de chanter
juste et aussi de l'inspirer. Son point de vue ne fut pas
partagé : ce qui lui valu beaucoup d'inimitiés et le
détourna de l'accompagnement. Il se consacra alors
exclusivement à une carrière de soliste.
En grand innovateur, Ram Narayan a permis au
Sarangi de devenir un instrument soliste. En cela, il se rapproche de
Pablo Casals qui a donné au violoncelle ses véritables
lettres de noblesse.
Pandit Ram Narayan ne fait pas vraiment de
distinction entre la musique occidentale et la sienne puisqu'il dit :
"...nous faisons tous les mêmes fausses notes...". C'est aussi
certainement ce qui l'a conduit à rencontrer des musiciens
comme le violoniste Yehudi Menuhin ou le percussionniste Jean-Pierre
Drouet. (etc)
Il se soucie de la maîtrise de la
technique de l'instrument et de l'engagement du musicien pour la
musique.
Pandit Ram Narayan est hindou et très
conscient de sa tradition. Pour ce musicien, la musique est sa
religion et grâce à son expression il peut : ..."entrer
en communication avec son Dieu" : " There cannot be a better approach
to God than music"...
Et Pandit Ram Narayan nous dit encore :
"...à travers ma musique, je cherche
à aider les autres. Ils doivent se sentir
libérés et heureux..."
Ce musicien, arrivé au sommet de son
art, nous amène à une réflexion sur le
mystère de cette tradition millénaire non
écrite, qui contre vents et marées se transmet et
évolue grâce au génie de ses
interprètes.
L'art de Ram Nayaran est un hymne à la perfection.
Reconnu dans son pays comme le plus grand,
tant par l'ensemble des connaisseurs que par les musiciens
professionnels, Ram Narayan ne cesse de susciter étonnement et
admiration chez les meilleurs interprètes occidentaux par la
clarté et la beauté de son jeu. Rostropovitch
lui-même le considère comme l'un des virtuoses de
l'archet.
Yehudi Menuhin parle de Narayan dans sa
préface à Indian Music in
Performance :
..."Il y a longtemps, je l'ai entendu en
Inde jouer du seul instrument à archet qui se joue comme notre
violon : le sarangi, instrument combien plus difficile
pourtant...J'ai rapidement compris quel artiste éminent il
était. Quelle technique, quelle imagination étaient
nécessaire pour faire jaillir de cet instrument lourd, peu
maniable - mais somme toute merveilleux défi à relever
- la musique reposant dans son corps". Le sangi est, selon lui,
l'instrument qui, entre les mains de Ram Narayan,
"révèle avec le plus d'émotion et de profondeur,
l'âme et la sensibilité de l'esprit indien".
PARCOURS
1927 Le 25 décembre 1927, naissance de Ram Narayan à
Udaipur, au Rajastan (Nord de l'Inde), dans une famille de musiciens
depuis cinq générations.
1943 Il quitte Udaipur pour Lahore : audition en tant que chanteur pour la
radio. Le manager regardant ses ongles, lui demande de jouer aussi du
Sangi et l'engage immédiatement.
La plus dure épreuve est de se faire
accepter par le grand chanteur Ustad Abdul Wahid Khan, personnage
secret et difficile, qui n'acceptait même pas d'être
enregistré. Une relation compliquée et souvent
tumultueuse s'établira entre le maître et
l'élève. Ram Narayan était prêt à
tout, même a lui donner cent roupies des cent trente qu'il
gagnait à la radio, pour pouvoir travailler avec lui.
Son travail à la radio lui fait
prendre conscience de son désir d'indépendance : il ne
veut plus être l'esclave des chanteurs...
1947-1949 Il travaille à la radio de Delhi.
1949 Bombay. Ram Narayan enseigne dans une école et donne ses premiers concerts en soliste.
1954 Concert en soliste, en première partie de Ravi Shankar et Vilajat Khan.
1956 Ram Narayan doit travailler pour l'industrie cinématographique
pour subvenir à ses besoins et ceux de sa famille.
1964 Après une tournée en Chine et en Afghanistan, premier
voyage en Europe et aux Etas-Unis avec son frère de deux ans
son aîné, le grand tabliste Chaturlal.
Lors de cette tournée triomphale
Pablo Casals invite Ram Narayan à son Festival de Prades.
Hélas ce dernier ne savait pas qui était Pablo Casals
ni où Prades se trouvait sur la carte. Depuis ni les
suites de Bach pour
violoncelle, ni Pablo Casals ne lui
sont inconnus bien au contraire et Ram Narayan regrettera toute sa
vie de ne pas avoir accepté cette invitation...
1965-67 Après la disparition de son frère,
Ram Narayan s'arrête de jouer pendant deux années.
Ecoutant de sages conseils, il reprend son instrument pour se
dédier à son art et celui de son frère.
Depuis, il n'a céssé de se
présenter sur les plus grandes scènes mondiales
(Carnegie Hall à New-York, au Théâtre des
Champs-Elysées à Paris ou au Prom à
Londres).
Ram Narayan se consacre deux mois par an aux
enregistrements et le reste du temps entre l'enseignement à
Bombay puis à Udaipur.
Ram Nayaran a deux enfants, un
garçon, Bridj, déjà reconnu aux Indes et
à l'étranger en tant que joueur de Sarode et une fille,
Aruna, joueuse de Sarangi qui commence en octobre 86 sa
première tournée européenne.
L'instrument :
Le Sarangi est l'instrument à archet
le plus important de l'Inde, il se rapproche de nos instruments
à archet : violon, alto ou violoncelle.
Associé depuis le XIXème
siècle aux danseuses, donc aux courtisanes, le sarangi n'a
jamais joui d'une honorable réputation. Bien qu'il serve aussi
à l'accompagnement du chant classique, son statut est
resté celui d'un instrument inférieur.
Le sarangi autrefois était une sorte
de vielle rudimentaire se développant au cours des
siècles. Sa forme et sa structure actuelles remontent
probablement au XIVème siècle. Pablo Casals disait du
sarangi qu'il est l'ancêtre du violoncelle.
Le Sarangi est l'instrument le plus proche
de la voix : par sa sonorité et par sa technique virtuose.Le
joueur de de sarangi n'a le droit que d'imiter la voix.
Le Sitar, le Sarode, la Vina sont des
instruments solistes, le sarangi accompagne...
Le Sarangi formé d'un seul bloc de
bois - Tun - évidé, offre un aspect compact et
asymétrique, assez rustre en comparaison avec les fantastiques
possibilités acoustiques de cet instrument. La caisse de
résonance est recouverte d'une peau de chèvre sur
laquelle repose le chevalet en ivoire.
L'art du Sarangi :
L'archet lourd et peu tendu glisse sur les
trois cordes supérieures en boyau.
Le musicien obtient ses notes, non pas en
pressant les cordes avec la pulpe du doigt, mais en glissant le dos
de l'ongle contre la corde. Cette technique lui permet de subtils
glissandos, de micro-ton en micro-ton, et une vélocité
toute en finesse et en précision. Chaque note obtenue est
largement amplifiée, prolongée par une série de
36 cordes métalliques situées dans un plan
inférieur : elles se mettent à vibrer par sympathie.
Chacune de ces 36 cordes est accordée de demi-ton en
demi-ton.
Ces cordes enrichissent non seulement le
son, d'un rayonnement extraordinaire, mais servent de point de
repère harmonique pour atteindre les notes justes car elles ne
vibrent que sous l'impulsion de notes d'une fréquence exactes,
qui leur correspond. L'archet proche d'un archet de contrebasse,
utilisé de la même façon, est plutôt large
et convexe.
Ainsi le sarangi a un pouvoir d'imitation
incomparable des sons et surtoût de la voix humaine. On dit
aussi qu'il est " la voix aux mille couleurs".
L'étonnante richesse de ses
vibrations, devient, entre les mains de Ram Narayan, aussi riche et
multiple qu'un orgue. On a l'impression d'être à
l'intérieur d'une cathédrale...
Cette musique, dans sa plus pure tradition,
possède, seule avec la musique occidentale, le
privilège de structures classiques et sa forme, étrange
pour nous, n'est pas sans rappeler la construction rigoureuse d'un
Corelli ou d'un Bach. Cette rigueur d'enseignement et de structure,
est tempérée par la grâce de
l'interprétattion toute spirituelle d'une musique que les
Indiens ont toujours refusé d'écrire, pour ne pas
influer sur la personnalité et le jeu de l'interprète.
Chaque instant de la musique indienne est dirigé vers la
dévotion à l'esprit.
Discographie :
Raga Saraswati - Raga Marubihag, EMI EASD 1327
Raga Gujari Todi - Raga
Lalit, EMI EASD 1340
Raga Yaman, EMI EASD 1361
Classical Music of India avec Ali Akbar Khan..., EMI MOCE 2008
Raga Nand Kedar - Jogia, NONESUCH H 72030
Raga Sri - Raga Bhupal
Todi, NONESUCH H 72062
Musique de l'Inde, BAM LD 5094
Raga Purya Kalyan, SONODISC ESP 155538
Raga Bairagi Bhairav - Raga Madhuvanti, OCORA OCR 69
Raga Puryia Dhanashree - Raga Mishra
Tilang, POLYDOR 2392967
Raga Saraswati - Raga Mishra Bhairavi, STIL 2611S 78
BIBLIOGRAPHIE
Ram NARAYAN et Neil SORRELL
Indian Music in Performance
Manchester Univ. Press (1980)
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